Compostage domestique, défi ou gageure ?

Le compostage domestique, qui constitue encore aujourd’hui une pierre angulaire des dispositifs aidés fournis par les collectivités dans le cadre d’un Plan Local de Prévention des Déchets, nécessite après quelques années de faire un point.

Assisté par Terre de Lombric, le SEAPFA, avant sa jonction avec d’autres collectivités au sein de la nouvelle entité Terres d’Envol, a souhaité faire ce point sur la pratique du compostage domestique.

Un questionnaire établi en collaboration avec le SEAPFA et l’organisation de rendez-vous sur le terrain (de février à juillet 2017) ont permis de tirer un premier bilan de la pratique sur quatre villes: Villepinte, Tremblay, Sevran et le Blanc-Mesnil.

Quels objectifs visés ?

  • faire un point et une mise à jour de son fichier
  • connaître l’état de son parc de composteurs
  • réévaluer les pratiques de tri et de compostage
  • évaluer l’état du besoin et du gisement à couvrir

Quelles sont les observations ?

Sur les habitudes de tri, les déchets les plus détournés sont les épluchures de fruits et légumes (hors agrumes) et les tontes de gazon.

La majorité des ménages, en milieu urbain, détourne moins de 150 litres par mois de biodéchet.

Brassage :

Encore 40% qui ignore l’utilité et la nécessité de brasser. Une majorité brasse avec un outil peu ou pas adapté, occasionnant ainsi une mauvaise pratique.

Sur l’humidité, 50% des sondés ignorent la bonne manière de gérer l’humidité et parmi les 50% restant 83% la gèrent mal.

Il reste quelques légendes urbaines sur le tri et le compostage bien implantées (agrumes, cendres). En revanche, les consignes sur les déchets carnés sont bien respectées. On observe en général trop de tontes, et pas assez de matières sèches carbonées.

Une majorité de composts est encore déséquilibrée.

Enfin, une méconnaissance assez générale des pratiques alternatives sur la gestion des déchets verts.

Quelles conclusions, quelles pistes ?

Ces constats ne sont pas réservés au territoire suivi par le SEAPFA. Elles sont le reflet d’une situation nationale, observée par ailleurs à plusieurs reprises. Ce qu’elles réservent est plutôt symptomatique d’un héritage dû aux pratiques induites par l’ADEME à une époque récente et auxquelles les collectivités ont été incitées par le jeu des subventions au compostage domestique (dotation en composteurs).

Quels défis alors pour contrer ces effets collatéraux et amplifier/améliorer le compostage domestique ? Ils pourraient être de plusieurs sortes :

  • donner plus de moyens dédiés aux services facilitant l’accès à la matière sèche carbonée
  • organiser et fédérer plus de formations revenant sur les fondamentaux et les pratiques alternatives de gestion des déchets verts
  • recruter, former et animer des guides composteurs de manière à mailler intelligemment le territoire pour une efficacité optimale
  • une documentation actualisée, ludique
  • créer et entretenir un lien plus fort entre les citoyens et leur collectivité
  • institutionnaliser une vision plus globale de la gestion de la matière sèche, de la captation des gisements à la régénération de nouveaux gisements (culture d’arbres à trogne, plantations d’arbres en milieu urbain…)

Quel potentiel de biodéchets sur le territoire audité ?

Si sur les quatre villes du territoire, on ne considérait le gisement que sur les foyers de 1 à 4 personnes, le flux de biodéchets pouvant être capté serait de 94%, soit environ 5249 T/an. Cette donnée, importante, significative, ne peut malheureusement pas être tenue dans l’avenir qu’à deux conditions au minimum : développer conjointement les pistes évoquées précédemment :

  • promotion poussée du compostage (sous toutes ses formes)
  • gestion globale de la matière sèche carbonée, de sa production à sa répartition.

Sans ces deux points, l’avenir du compostage domestique restera anecdotique, et donc, fondamentalement voué à un échec relatif en termes d’échelle.